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Un type bien

11.10.05

Permalink 03:46:38, by Addis Ferengi Email , 1631 words, 67 views   French (FR)
Categories: Portraits

Un type bien

Ato Ayele Angelo, CUD candidate in Shaka zoneEnglish summary: Ato Ayele Angelo is one of the 60 CUD senior officials who had to decide, last week-end, whether their party will join parliament or not. He is in favour of boycott. We met twice and talked about crucial political issues but I wanted to know more, about himself and the reasons of his engagement : " I used to work for the DPPC, the Aid Bureau in SNNP. In 1998, security forces killed a shifta in Shaka zone. But they did not kill only him. They killed his mother, his brother and his old oncle who was blind, their bodies were left in the forest and eaten by hyenas. I took photos I sent to Meles Zenawi. I got an answer that said : please come and pick up your pictures. I resigned, I am working for an NGO now."

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Ato Ayele Angelo est un des soixante membres du Comité Central de la CUD, un de ceux qui ont voté dimanche le boycott du parlement si 8 pré conditions n’étaient pas remplies soit dans le désordre : la libération immédiate de tous les prisonniers politiques, un accès aux médias nationaux, l’indépendance de la Justice, la cessation immédiate de toute répression, la restructuration du National Election Board, une commission d’investigation indépendante sur les tueries du 8 juin dernier et enfin l’indépendance de l’armée et de la police.

Autant dire que la CUD, si elle tient ses engagements, ne siègera pas au parlement. L’acceptation de ces conditions par le gouvernement signerait sa mort imminente. Il ne se maintient que par la force.

Ato Ayele était candidat en zone Shaka dont il est originaire. Il est directeur de programme au sein de l’ONG Mary Joy qui intervient notamment dans le domaine de la santé, de l’éducation d’orphelins et du Sida (accès aux rétro-viraux, soins à domicile) ; il est issu du parti EDL – Ethiopian Democratic League. Je vous ai déjà parlé des élections en zone Shaka dans mon portrait de son chef de campagne Berhanu Haile. Je ne reviendrai donc ni sur les fraudes massives, ni sur l’intimidation, les arrestations, la répression et le meurtre d’un supporter.

La zone Shaka est loin, enclavée, la population est contrôlée et de près par des milices armés. Le processus de démocratisation y est une bonne blague, comme dans les autres zones rurales du pays.

J’ai rencontré Ayele à deux reprises et la plupart de mes questions ont porté sur son analyse de la situation politique actuelle, les négociations gouvernement-opposition et bien sûr sur la décision cruciale à laquelle il participerait, siéger ou non au parlement, propos que je m’étais engagée à ne rapporter qu’après le 10 Octobre.

AF : Quant êtes-vous entré en politique ?
A : J’ai rejoint l’EDL en 2002
AF : Pourquoi avez-vous décidé de participer au scrutin, vous pensiez que les élections seraient libres et justes ?
A : Nous avions peu d’illusions sur la façon dont se déroulerait le scrutin et nous attendions certes à des fraudes mais sûrement pas à des manipulations aussi éhontées. Le ruling-party a tout simplement changé et truqué les résultats sous nos yeux. Nos observateurs ont été exclus du comptage des voix ou contraints de signer des résultats frauduleux.
AF : Pourtant, vous estimez avoir remporté le scrutin en Zone Shaka, mais votre circonscription a un député EPRDF, que s’est-t-il passé ?
A : Oh ils ont simplement ajouté les résultats de quelques bureaux de vote de la zone Kaffa, qui n’a rien à voir et le candidat EPRDF l’emporte donc d’une courte tête.
AF : Vous avez contesté cette irrégularité ?
A : Celle-là et beaucoup d’autres… Un comité d’investigation nous a entendu, oui mais a tranché en faveur de l’EPRDF. Vous connaissez l’indépendance du National Electoral Board
AF : Oui, je commence à une faire une idée… Je sais qu’un observateur du Carter Center était présent à Masha lors des investigations. Quelle était sa position ?
A : Il nous a dit de nous adresser à la Justice.
AF : Je vois … (sourire entendu)... Comment voyez-vous l’avenir politique de ce pays ?
A : Sombre, très sombre malheureusement, il nous reste bien peu d’options et la situation se détériore de jour en jour.
AF : Vous vous sentez en danger ? Vous pensez que vous risquez d’être arrêté dans les jours qui viennent comme beaucoup d’opposants en ce moment.
A : D’être arrêté ou pire… vous savez… demain est un autre jour, il faut vivre avec ce risque quand on fait partie de l’opposition ici.
AF : Vous étiez favorable à la manifestation prévue le 2 Octobre ?
A : Bien sûr, c’était une de nos options et l’occasion de démontrer le soutien massif de la population mais cette issue nous a été fermée elle aussi.
AF : Et la grève générale ? Que pensez-vous de son annulation ?
A : Je fais partie de ceux qui disent qu’elle aurait du être maintenue.
AF : Je suis assez d’accord… Je veux dire, logiquement, on fait grève et puis on négocie… pas l’inverse. A ce propos, que pensez-vous des négociations en cours ?
A : Oh l’EPRDF gagne du temps, je n’attends rien de ces négociations, Meles ne négocie pas, ce n’est juste pas sa nature.
AF : Vous faites partie des soixante et je sais que votre parti est divisé sur la question. Vous allez voter pour ou contre le boycott ce week-end ?
A : Je vais voter pour, siéger au parlement est un non-sens.
AF : A quelles conditions reverriez-vous votre position ?
A : Oh, il y a un ensemble de conditions que le gouvernement devrait remplir pour que nous acceptions de collaborer.
AF : Lesquelles ?
A : Eh bien, l’abrogation des lois anti-consitutionnelles qui limitent le pouvoir de l’opposition au sein des assemblées, la mise en place d’une enquête indépendante sur les tueries de Mercato, la libération des prisonniers politiques, un accès aux médias nationaux, la séparation et l’indépendance de la Justice, de la Police, de l’Armée.
AF : Pas de nouveau scrutin dans les 299 circonscriptions contestées ?
A : Oh de nouvelles élections n’ont aucun sens si le NEB ne devient pas un organisme authentiquement indépendant.
AF : Je ne vois pas très bien comment le gouvernement pourrait autant de concessions sans mettre sérieusement en péril son existence même, donc vous voterez non ?
A : Oui, je voterai non et surtout parce qu’en siégeant au parlement, nous perdrons simplement le respect de tous ceux qui nous ont fait confiance et ont voté pour nous.

AF : Et les donneurs ?
A : Je n’attends rien d’eux, c’est le peuple éthiopien qui doit décider de sa destinée, pas les donneurs.

J’avoue que la position intransigeante de Ato Ayele m’a infiniment plus séduite que la dialectique tortueuse d’autres interlocuteurs. J’ai eu envie d’en savoir plus sur cet homme intègre.

AF : Je voudrais en savoir plus sur vous, je veux dire des choses plus personnelles. Pourquoi êtes-vous entré en politique ? Quel a été l’élément déterminant pour que vous vous engagiez ?
A : Vous savez, j’ai travaillé pour eux, pour le gouvernement.
AF : Vous étiez membre de l’EPRDF ?
A : Non, mais j’étais un fonctionnaire, au DPPC (1), l’administration régionale de la région Sud – SNNP.

Là nous faisons une aparté ironique sur le tristement fameux DPPC, chargé de prévenir et préparer les désastres en Ethiopie. J’ai ma petite idée sur la question et mon coopérant de mari aussi. En gros, le DPPC le fait autant marrer que les innombrables workshops auquel il doit assister sur la « poverty reduction ». En fait il commence à les taxer, ces interminables séminaires… de « poverty increase ». Ato Ayele est assez d’accord.

AF : Mais vous bossez pour des ONG maintenant ? Pourquoi avez-vous quitté votre emploi ?
A : Après l’arrivée au pouvoir de Meles Zenawi, deux officiers de l’armée du Derg ont pris le maquis en zone Shaka, avec quelques dizaines de rebelles.
AF : Des shiftas (2) ?
A : Oui des shiftas et en 1998, l’un d’eux a été abattu par les forces de police et de sécurité. Mais ils n’ont pas seulement tué cet homme mais aussi sa mère, son frère et son vieil oncle aveugle et ont laissé leurs corps pourrir dans la forêt où ils ont été dévorés par des hyènes.
AF : C’est ce qui a déterminé votre engagement ?
A : Oui, j’ai fait des photos de ces corps que j’ai adressé au chef de gouvernment Meles Zenawi.
AF : Qu’a-t-il répondu ?
A : Oh j’ai reçu une lettre me priant simplement de bien vouloir venir reprendre mes photos et j’ai démissionné un peu plus tard, pour rejoindre le CRDA pendant un an, puis j’ai travaillé en tant que consultant free-lance avant de rejoindre Mary Joy.

Je vais certainement revoir Ayele Angelo et je serai fière de pouvoir le compter au nombre de mes amis. Une seule petite chose m’inquiète, lorsqu’au téléphone, je lui demande de ses nouvelles, il me répond systématiquement : «Oui tout va bien… pour l’instant.»

Addis Ferengi

(1) DPPC Disaster Prevention and Preparenedness Commission, je crois, entièrement contrôlé par le gouvernement, de grands comiques apparemment.
(2) Shilftas : bandits

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